
Article rédigé par Brian Mendibure
Conférence à Castres : Muriel Calas dévoile ses méthodes pour mieux gérer les cycles menstruels chez les sportives. Outils pratiques, accompagnement et conseils aux clubs sur la performance féminine.
Ancienne volleyeuse, kinésithérapeute et préparatrice mentale à Narbonne, Muriel Calas a été invitée par Philippe Carayon, conseiller technique des clubs de la Ligue Occitanie de rugby, pour intervenir auprès des éducateurs d'équipes féminines ce jeudi 11 juin à 19 h au stade Pierre-Fabre pour évoquer un sujet encore tabou dans le sport : la gestion des cycles menstruels.
Qu’est-ce qui a déclenché votre intérêt pour la gestion du cycle menstruel dans le sport féminin ?
Déjà, moi-même, j’ai eu des soucis et je ne savais pas comment les gérer. À mon époque, on ne parlait jamais du cycle, ni de tout ce que ça impliquait, on le subissait complètement sans comprendre. Ensuite, avec ma fille qui fait du handball et mon rôle de kiné dans l’équipe, je me suis retrouvée confrontée à ces problématiques : les déplacements, le stress, le manque d’informations ou de soutien pour les jeunes filles. J’ai utilisé mes compétences en préparation mentale pour essayer de les aider à traverser ça. Mais j’ai bien vu qu’il y avait beaucoup à déconstruire, notamment toutes ces croyances qu’on entend sur le fait qu’on ne peut pas être performante pendant ses règles…
J’ai eu envie de parler de ce sujet et de faire évoluer les mentalités pour que les filles ne subissent plus leur cycle, mais qu’elles puissent au contraire l’utiliser comme un atout, quand c’est possible.
Quels sont les principaux problèmes rencontrés par les sportives pendant les entraînements et compétitions ?
La première difficulté, c’est qu’elles ne sont pas informées, ni sur ce qu’il se passe dans leur corps, ni sur l’impact que ça peut avoir sur leur performance ou leur bien-être. Parfois, elles subissent sans trop comprendre. Les fluctuations hormonales peuvent provoquer des gênes physiques, des inconforts émotionnels voire une indisponibilité, et ça varie vraiment d’une fille à l’autre. Certaines ne ressentent rien, d’autres sont très handicapées à certaines périodes. Malheureusement, parler de son cycle, c’est encore tabou. Souvent, les filles n’osent pas de peur d’être écartées.
Comment transmettez-vous ces messages et informations ? Vous intervenez uniquement en clubs ?
Actuellement, je me lance vraiment dans cette spécialisation, je suis en train de créer un site internet. J'ai commencé par des interventions auprès de sélections féminines, notamment dans la Ligue Occitanie de rugby. Après ces premières interventions, on m’a aussi demandé d’intervenir auprès des staffs, des entraîneurs, parce que ce thème est absent des programmes de formation des encadrants, c’est très généraliste, rien sur la physiologie spécifique des femmes.
Quels outils simples recommandez-vous aux entraîneurs de clubs pour mieux accompagner les sportives pendant ces périodes ?
Lors de mes interventions, je propose toujours une partie pédagogique autour de la physiologie pour que les encadrants sachent ce qu’il se passe réellement. Ensuite, je leur explique comment évoquer le sujet, donner des signes qu’ils sont formés, qu’ils savent écouter et accompagner, sans être intrusifs parce que ça reste très tabou, voire gênant. Je leur transmets aussi des outils d’éducation mentale qu’ils peuvent appliquer facilement avec leurs joueuses : l’adaptation des routines d’entraînement, modifications ponctuelles selon les besoins – par exemple plus de récupération, ou des exercices différents à certaines périodes du cycle. Si on fait n’importe quoi dans une mauvaise phase, parfois il n’y a aucun bénéfice malgré tous les efforts, et c’est frustrant pour tout le monde. Bien utilisé, le cycle peut vraiment devenir un outil de performance.
Peut-on appliquer vos méthodes à tous les niveaux de sport ?
Oui, pour moi c’est faisable à n’importe quel niveau, du moment que les filles ont appris à connaître leur cycle et à se l’approprier. C’est vraiment un travail en deux temps : il faut d’abord apprendre à observer son cycle, à accepter de le signaler sans honte ni peur. J’aime bien donner l’exemple d’équipes où les filles mettent simplement un morceau de strap discret sur la cuisse pour prévenir l’entraîneur. C’est simple, ça évite les discussions gênantes, et ça permet à l’encadrant d’adapter l’intensité ou la durée de l’entraînement.